Pourquoi fabriquons-nous encore des chaussures en Europe ?
Sommaire
- Une question rarement posée
- Le contexte : la grande délocalisation
- Notre choix : 85 % en Europe, ce que cela signifie
- Raison n°1 — La qualité comme conséquence directe
- Raison n°2 — Les savoir-faire préservés
- Raison n°3 — La traçabilité et le contrôle
- Raison n°4 — Le respect du travail
- Raison n°5 — La proximité et la réactivité
- Raison n°6 — L'empreinte écologique réduite
- La géographie concrète de nos ateliers
- Le cas Fairmount : l'exception brésilienne
- Ce que cette exigence coûte, ce qu'elle apporte
- Ce qui disparaîtrait si tous partaient
- Notre engagement : conserver et développer
Introduction
Face à une paire de chaussures dans une boutique, on regarde le style, la couleur, le confort, le prix. Rarement se pose-t-on la question la plus révélatrice de toutes : où a-t-elle été fabriquée ? Cette question, banale en apparence, dit pourtant beaucoup sur la qualité de la paire, sur son impact écologique, sur les conditions de travail qui l'ont produite, sur les savoir-faire qu'elle perpétue ou qu'elle laisse disparaître.
Nous, chez Manfield, avons répondu à cette question de manière constante : près de 85 % de nos produits sont fabriqués en Europe. Ce chiffre n'est pas un slogan marketing. C'est le résultat de choix concrets, quotidiens, faits contre le courant dominant de la mondialisation depuis quarante ans. Alors que la quasi-totalité de nos concurrents ont progressivement déplacé leur production vers l'Asie pour réduire leurs coûts, nous avons maintenu notre ancrage européen parfois au prix d'une compétitivité de prix moindre, toujours au bénéfice d'une qualité constante et d'une cohérence avec nos valeurs de maison familiale depuis 1844.
Cet article vous explique pourquoi. Non pas par principe abstrait, mais avec des raisons concrètes : ce que la fabrication européenne apporte à nos chaussures, à nos artisans partenaires, à notre planète, à vous en tant que client. Nous vous détaillons aussi la géographie précise de nos ateliers, expliquons le cas particulier de notre marque Fairmount (fabriquée au Brésil), et évoquons ce que coûte ce choix parce que la transparence sur les compromis est aussi un engagement.
Voici, en 2026, pourquoi nous fabriquons encore des chaussures en Europe.
1. Le contexte : la grande délocalisation
Pour comprendre notre choix, il faut d'abord voir ce que nous avons refusé de faire.
Les quatre dernières décennies
À partir des années 1980, l'industrie mondiale de la chaussure a connu une délocalisation massive. La quasi-totalité des marques ont progressivement déplacé leur production vers des pays à main-d'œuvre moins coûteuse d'abord vers le Portugal et l'Europe de l'Est, puis vers la Chine, le Vietnam, le Bangladesh, l'Indonésie, l'Inde.
Les raisons économiques étaient claires : coûts de main-d'œuvre 5 à 20 fois moindres, moins de contraintes environnementales, moins d'obligations sociales, disponibilité de capacités industrielles massives.
Les conséquences visibles
Cette délocalisation a produit des effets aujourd'hui bien documentés :
- Baisse des prix dans les magasins de mode grand public.
- Explosion des volumes produits (fast fashion).
- Fermeture de milliers d'usines et d'ateliers en Europe.
- Perte de savoir-faire artisanaux transmis depuis des générations.
- Empreinte carbone considérablement alourdie par les transports intercontinentaux.
- Conditions de travail parfois discutables dans les pays producteurs.
- Difficultés de traçabilité pour le consommateur final.
Le paysage aujourd'hui en France
En France, en 2026, la quasi-totalité des chaussures vendues (plus de 90 %) sont fabriquées hors d'Europe. Les grandes marques françaises historiques ont, pour la plupart, transféré leur production vers l'Asie. Le paysage industriel s'est considérablement réduit. Les ateliers qui subsistent en France, en Italie, en Espagne ou au Portugal sont devenus relativement rares — et précieux.
C'est dans ce contexte qu'il faut lire notre choix.
2. Notre choix : 85 % en Europe, ce que cela signifie
Nous ne sommes pas à l'abri des logiques économiques. Nous les avons simplement arbitrées différemment.
Le chiffre exact
Près de 85 % des produits des marques du groupe Manfield (Manfield, Bowen, Colisée Paris, Charles Kammer) sont fabriqués dans des ateliers européens. Ce chiffre inclut :
- Nos productions en Italie (dont l'atelier Manfield femme près de Florence).
- Nos productions en Espagne (dont plusieurs modèles Bowen).
- Nos productions au Portugal (dont Colisée Paris).
- Nos productions en France (partenaires historiques).
Les 15 % restants correspondent principalement à Fairmount (Brésil, cas particulier détaillé en section 11) et à quelques catégories techniques spécifiques.
Ce que cela ne signifie pas
Nous ne prétendons pas être une marque « 100 % Made in France ». Nous préférons la vérité chiffrée aux étiquettes idéalisées. La France est présente dans notre production, mais l'Italie, l'Espagne et le Portugal occupent aussi des rôles majeurs parce que ces pays ont préservé des savoir-faire spécifiques que la France ne concentre plus, notamment sur la chaussure féminine.
Voir notre article notre engagement pour une mode durable pour le cadre général de notre démarche.
Ce que cela signifie vraiment
Ce chiffre de 85 % traduit une philosophie :
- Privilégier les circuits courts européens.
- Travailler avec des ateliers familiaux que nous connaissons par leur nom.
- Perpétuer des savoir-faire menacés ailleurs.
- Réduire nos émissions liées au transport.
- Assurer la traçabilité de nos productions.
Les six sections suivantes détaillent chacun de ces enjeux.
3. Raison n°1 — La qualité comme conséquence directe
Le lien entre localisation et qualité n'est pas mécanique, mais il est réel.
L'exigence des ateliers européens
Les ateliers européens que nous avons sélectionnés sont reconnus par leurs pairs comme les meilleurs dans leur domaine. Cette sélection exigeante s'appuie sur des générations de savoir-faire, souvent transmises de père en fils dans des structures familiales.
Ce niveau d'exigence a des conséquences concrètes :
- Contrôles qualité systématiques à chaque étape.
- Précision dans les gestes qui fait la différence entre une belle chaussure et une chaussure moyenne.
- Longévité des paires (10 à 20 ans pour nos modèles en cousu Goodyear).
- Rejet des paires qui ne correspondent pas aux standards.
Les matières et leur origine
La qualité de la chaussure ne se joue pas qu'au montage. Elle commence par les cuirs. Nos ateliers européens travaillent principalement avec des tanneries européennes souvent françaises, italiennes ou espagnoles qui appliquent les standards les plus stricts.
Cette proximité tannerie-atelier réduit les distances de la matière première au produit fini, et facilite les retours qualité rapides quand une peau ne correspond pas aux attentes. Voir notre article les grandes tanneries françaises.
La différence perceptible
Une chaussure fabriquée dans un bon atelier européen se distingue au toucher : cuir plus souple, coutures plus fines, montage plus précis, finitions plus soignées. Cette différence n'est pas subjective, elle est le résultat de milliers d'heures d'expérience cumulée dans les mains des artisans qui fabriquent nos paires.
4. Raison n°2 — Les savoir-faire préservés
C'est probablement l'argument le plus fort à long terme.
Des techniques menacées
Certaines techniques de fabrication n'existent presque plus qu'en Europe :
- Le cousu Goodyear méthode d'origine anglaise qui permet aux chaussures de durer 20 ans et d'être ressemelées. Voir notre guide complet.
- Le cousu Blake méthode italienne de montage direct, appréciée pour sa souplesse.
- Le cousu Norvégien technique rustique d'exception, particulièrement adaptée aux chaussures très résistantes.
- Le montage main sur forme pour les mocassins.
- Le patinage des cuirs à la main pour les colorimétries d'exception.
Chacune de ces techniques demande des années de formation 5, 10, 15 ans pour maîtriser tous les gestes. Sans transmission continue, elles disparaissent en une génération.
Le rôle des commandes régulières
Les ateliers spécialisés ne peuvent pas survivre sans commandes régulières. Notre engagement à travailler avec eux n'est pas seulement une posture c'est ce qui maintient concrètement leur activité.
Un exemple : notre atelier partenaire de la région Alicante (Espagne), spécialisé dans le cousu Goodyear pour certains modèles Bowen, est actif depuis 1899. Cet atelier familial, dirigé aujourd'hui par les descendants du fondateur, ne pourrait pas maintenir son activité sans les commandes soutenues qu'il reçoit. Chacune de nos productions contribue à faire vivre ce lieu unique.
La transmission générationnelle
Dans nos ateliers partenaires, la transmission se fait de génération en génération souvent au sein des mêmes familles. Cette transmission ne peut pas être remplacée par des écoles ou des vidéos : elle demande du compagnonnage réel, des années aux côtés d'un maître, une pratique quotidienne.
Chaque atelier européen qui ferme représente une rupture de transmission. Chaque atelier qui continue est une victoire silencieuse contre l'oubli.
5. Raison n°3 — La traçabilité et le contrôle
Un enjeu concret pour vous, en tant que client.
Ce que la traçabilité signifie vraiment
Traçabilité = capacité à documenter, à chaque étape, l'origine d'un produit et les conditions de sa fabrication.
Pour une paire de chaussures, cela inclut :
- Origine des cuirs (quelle tannerie, quel pays).
- Origine des autres matières (semelles, doublures, coutures).
- Lieu de fabrication (quel atelier, quel pays).
- Conditions de production (respect des normes sociales et environnementales).
La différence entre 500 km et 15 000 km
Suivre une chaîne de production sur 500 km en Europe est simple : nos équipes visitent régulièrement les ateliers, connaissent les responsables par leur prénom, peuvent inspecter les productions.
Suivre une chaîne de production sur 15 000 km à travers plusieurs sous-traitants asiatiques est autrement complexe même pour les marques les mieux organisées. Les défaillances de contrôle sont statistiquement plus fréquentes, les problèmes détectés plus tardivement, les corrections plus longues à mettre en œuvre.
Nos fiches produit
De plus en plus, nous documentons l'origine de fabrication directement sur nos fiches produit en ligne. C'est un engagement de transparence qui permet à chaque client d'accéder à cette information au moment de son achat.
Vous pouvez ainsi savoir, avant d'acheter, que tel richelieu Bowen est fabriqué dans notre atelier partenaire espagnol, tel escarpin Manfield à Florence, telle chelsea boot Colisée Paris dans un atelier portugais.
6. Raison n°4 — Le respect du travail
Une dimension éthique fondamentale.
Le cadre européen du travail
Les ateliers européens sont soumis aux normes du travail parmi les plus strictes au monde :
- Rémunérations minimales encadrées par les codes du travail nationaux.
- Sécurité au travail régulée (équipements de protection, ventilation des ateliers, ergonomie).
- Durée du travail limitée avec temps de repos obligatoires.
- Droits sociaux (congés, assurance maladie, retraite).
- Représentation des travailleurs (syndicats, comités d'entreprise).
- Interdiction absolue du travail des enfants.
Ces règles ne sont pas des idéaux : elles sont contrôlées par les inspections du travail nationales.
La question du prix de la main-d'œuvre
Payer un artisan européen coûte plus cher. Un salaire dans un atelier français, italien ou espagnol est 5 à 15 fois supérieur à celui d'un ouvrier dans certains pays d'Asie.
Nous assumons ce surcoût. Il se traduit dans nos prix de vente. Mais nous croyons que rémunérer justement le travail qui fabrique nos chaussures est une obligation éthique pas une variable d'ajustement économique.
La dignité de l'artisan
Au-delà du salaire, il y a la dignité du métier. Un artisan qui coud des richelieus à Alicante depuis vingt ans, qui a appris auprès de son père et transmet à son fils, exerce un métier reconnu, respecté, admiré dans sa communauté locale. C'est une dimension humaine que la délocalisation vers de vastes usines industrielles a largement effacée.
La fierté de la production
Nos artisans partenaires sont fiers de leurs productions. Cette fierté se voit dans les paires dans les finitions, dans les détails, dans l'attention aux points de difficulté technique. Un travail bien rémunéré est un travail mieux fait, non pas mécaniquement, mais humainement.
7. Raison n°5 — La proximité et la réactivité
Un enjeu opérationnel souvent sous-estimé.
Les cycles courts
Fabriquer en Europe permet des cycles de production plus courts :
- Développement d'un nouveau modèle : 3-4 mois en Europe vs 6-9 mois avec production intercontinentale.
- Réassorts d'une collection : 2-4 semaines vs 8-12 semaines.
- Corrections après production : immédiates vs plusieurs semaines de rotation.
Cette réactivité nous permet de suivre les évolutions de nos clientes et clients au fil des saisons, d'ajuster nos productions selon les besoins réels, de proposer des séries plus adaptées à la demande.
La visite d'atelier
Nous visitons nos ateliers partenaires plusieurs fois par an. Cette proximité géographique quelques heures d'avion, jamais plus d'une journée de trajet permet :
- Un suivi qualité régulier et humain.
- Des échanges directs avec les responsables techniques.
- Une connaissance concrète des conditions de production.
- Une capacité de réaction rapide en cas de difficulté.
Ces visites régulières sont impossibles à répliquer à l'échelle intercontinentale avec la même fréquence.
La commande sur-mesure
Certaines de nos productions sont sur-mesure ou en très petites séries (patines exclusives, coloris limités, tailles rares). Ces productions ne sont économiquement viables qu'avec des ateliers proches, capables de prendre des séries de 20 à 50 paires pas des usines de masse fonctionnant sur des minimums de plusieurs milliers d'unités.
8. Raison n°6 — L'empreinte écologique réduite
L'argument environnemental, direct et mesurable.
Le calcul des kilomètres
Une paire de chaussures fabriquée dans notre atelier italien près de Florence et vendue à Paris parcourt environ 1 100 kilomètres. En transport terrestre ou ferroviaire, l'impact carbone est modeste.
Une paire fabriquée en Asie du Sud-Est et vendue à Paris parcourt environ 17 000 kilomètres. Même en transport maritime (le moins polluant au kilomètre), l'impact carbone cumulé est considérablement supérieur.
Ce simple différentiel de distance représente une réduction significative de l'empreinte transport de nos productions.
Les circuits courts des matières
L'écologie ne se joue pas qu'au transport final. Elle commence en amont, dans les matières premières. Nos ateliers européens travaillent principalement avec des matières sourcées localement, cuirs de tanneries européennes, doublures, semelles, coutures. Cette proximité amont réduit encore l'empreinte totale.
Une production intégralement européenne de la peau au montage a une empreinte carbone bien inférieure à une production qui importe des matières d'un continent pour les assembler sur un autre.
La durabilité qui prolonge
L'écologie ne se réduit pas au bilan carbone de la fabrication. Elle intègre aussi la durée de vie du produit. Une chaussure de qualité européenne qui dure 15 à 20 ans (nos Goodyear Bowen par exemple) remplace 5 à 10 paires de fast fashion qui durent 12-24 mois chacune. Le bilan écologique global est donc doublement favorable : moins de transport unitaire + moins de renouvellements.
Voir aussi notre article cuir vs matières synthétiques : l'impact sur la durabilité.
9. La géographie concrète de nos ateliers
Parlons concrètement où fabriquons-nous quoi ?
France
Nos partenaires français produisent une part de nos collections, notamment sur les catégories techniques où le savoir-faire français reste vif. La France concentre historiquement des ateliers spécialisés dans le cousu Goodyear, le montage main et certains modèles d'exception. Nos commandes contribuent au maintien de ces structures.
Italie — La Toscane
Notre atelier familial près de Florence est l'un de nos partenaires les plus emblématiques. Cet atelier d'une quinzaine d'artisans est spécialiste de la chaussure féminine élégante. Il fabrique :
- Les escarpins Manfield femme (Paris, Vienne, Laurier, Padova).
- Les ballerines Manfield femme (Koweit, Hove).
- Les mocassins Manfield femme (Roma).
- Les sandales Manfield femme (Colombe).
L'atelier est dirigé aujourd'hui par les descendants du fondateur, dans une structure familiale qui incarne parfaitement notre philosophie de collaboration.
Espagne — La région Alicante
La région Alicante est un pôle historique de la chaussure de qualité en Espagne. C'est là qu'un de nos ateliers partenaires est actif depuis 1899. Cet atelier familial, spécialisé dans le cousu Goodyear, produit plusieurs modèles emblématiques Bowen, dont le Richelieu Stapleford II veau noir. La tradition espagnole du cuir, particulièrement forte dans cette région, se marie ici avec l'exigence anglaise du cousu Goodyear.
Portugal
Le Portugal est aujourd'hui l'un des principaux pays européens de fabrication de la chaussure de qualité. Nos partenaires portugais fabriquent notamment plusieurs modèles Colisée Paris, dont les Chelsea Boots Patrizio en cuir noir et marron. Ces ateliers portugais maîtrisent particulièrement le cousu Blake, méthode qui donne aux chaussures leur souplesse caractéristique.
La cartographie de nos productions
Cette géographie concrète France, Italie, Espagne, Portugal dessine notre réseau européen. Elle représente environ 85 % de nos productions, avec des variations selon les collections et les saisons.
Voir aussi l'article d'où viennent les noms Bowen, Fairmount, Colisée Paris pour comprendre l'articulation des différentes marques.
10. Le cas Fairmount : l'exception brésilienne
Nous n'avons pas de production européenne pour tout. Voici le cas qui mérite une explication honnête.
Le savoir-faire du mocassin cousu main
Fairmount est la marque du groupe spécialisée dans le mocassin cousu main sur forme. Cette technique, d'origine amérindienne et pluriséculaire, consiste à effectuer la couture caractéristique du mocassin à la main et directement sur une forme. Elle procure au mocassin une souplesse et un maintien que la production industrielle ne peut égaler.
La rareté extrême de cette technique
La maîtrise complète du cousu mocassin véritable demande environ 18 mois de formation pour un artisan. Cette technique est aujourd'hui perpétuée par très peu d'ateliers dans le monde. En Europe, elle a quasiment disparu les ateliers qui la pratiquaient ont fermé au cours des dernières décennies.
Un atelier brésilien de référence
L'un des derniers ateliers au monde perpétuant cette technique à un niveau d'excellence compatible avec notre exigence se trouve au Brésil. Nous avons choisi de travailler avec lui pour Fairmount, parce que la qualité artisanale que nous recherchons pour cette gamme n'existe simplement plus en Europe.
L'honnêteté du positionnement
Nous ne cherchons pas à masquer cette exception derrière notre communication européenne. Elle est assumée. Nous croyons que :
- Préserver un savoir-faire rare, même à 8 500 km, est préférable à le laisser disparaître.
- Un atelier familial brésilien reconnu vaut mieux qu'un compromis européen de moindre qualité.
- La transparence sur cette exception renforce la crédibilité de notre engagement européen sur les 85 % restants.
Ce que nous vérifions
Bien que non européen, notre partenaire brésilien est régulièrement audité sur ses conditions de production, ses standards sociaux, ses pratiques environnementales. Nous n'appliquons pas des exigences moindres parce que l'atelier est plus loin au contraire, nous les renforçons pour compenser la distance.
11. Ce que cette exigence coûte, ce qu'elle apporte
Parlons argent, honnêtement.
Le coût économique
Fabriquer en Europe coûte plus cher. Nos prix de vente en tiennent compte :
- Un richelieu Bowen en cousu Goodyear : entre 300 et 400 €.
- Un mocassin de nos gammes : entre 150 et 365 € selon les marques.
- Un escarpin Manfield fabriqué en Toscane : entre 200 et 285 €.
- Une paire de chelsea boots Colisée Paris : environ 250-300 €.
Ces prix sont supérieurs à ceux de nombreuses marques qui fabriquent en Asie. Cet écart est le prix concret de notre engagement européen.
Ce que cet écart de prix reflète
Un richelieu à 350 € et un richelieu apparemment similaire à 130 € ne sont pas les mêmes objets. Le premier :
- Est fabriqué avec des cuirs de tanneries européennes reconnues.
- Est monté dans un atelier familial payant ses artisans selon les standards européens.
- Est cousu Goodyear (ressemelable, réparable).
- Peut durer 15 à 20 ans avec un entretien régulier.
Le second :
- Est probablement fabriqué avec des cuirs de qualité industrielle standard.
- Est monté dans une usine à main-d'œuvre bon marché.
- Est peut-être collé (non ressemelable).
- Durera typiquement 2 à 4 ans avant remplacement.
Sur 10 ans d'usage, le calcul économique s'inverse : la paire européenne peut revenir moins cher au prorata de sa durée d'usage.
Ce que cette dépense apporte au client
Au-delà de la longévité, l'achat d'une paire européenne apporte :
- Une qualité constante contrôlée à chaque étape.
- Une traçabilité claire de la production.
- La satisfaction de contribuer à un modèle économique cohérent.
- Une paire qui peut être ressemelée, réparée, patinée, transmise.
Voir notre article pourquoi une chaussure cousue dure 20 ans.
Ce que cette dépense apporte à l'artisan et à l'atelier
Chaque paire vendue finance directement l'écosystème artisanal européen : rémunération d'artisans, maintenance d'ateliers, transmission de savoir-faire, préservation de zones économiques rurales ou périurbaines qui vivent de ces activités. Votre paire ne finance pas qu'une entreprise mondialisée, elle finance des familles, des villages, des territoires.
12. Ce qui disparaîtrait si tous partaient
L'enjeu est aussi collectif. Voyons ce qui est en jeu.
La rupture de transmission
Si toutes les marques quittaient l'Europe, les ateliers qui subsistent fermeraient rapidement. Ils fonctionnent avec des marges déjà tendues, dépendantes des commandes régulières des marques qui, comme nous, continuent à les solliciter.
Une fois fermés, ces ateliers ne rouvriraient pas. Les savoir-faire qui s'y transmettaient depuis des générations disparaîtraient définitivement, en une génération. Il faudrait des décennies pour les reconstruire si toutefois cela restait possible.
La perte d'un patrimoine industriel
L'Europe a été le berceau mondial de la chaussure moderne :
- Northampton (Angleterre) pour le cousu Goodyear.
- Alicante et Elche (Espagne) pour la maroquinerie de qualité.
- Guimarães et Felgueiras (Portugal) pour la production contemporaine.
- Vigevano et la Toscane (Italie) pour la chaussure féminine.
- Romans, Saint-Étienne, Fougères (France) pour l'excellence historique.
Chaque ville, chaque région, porte des techniques spécifiques. Ce patrimoine industriel ne peut pas être délocalisé, ni recréé ailleurs.
La dépendance économique
Si l'Europe cessait de savoir fabriquer ses chaussures, elle deviendrait entièrement dépendante de pays extérieurs pour un article de base. Cette dépendance a des implications économiques, stratégiques, écologiques évidentes.
Notre engagement à maintenir 85 % de nos productions en Europe est aussi, à sa modeste échelle, une contribution à la souveraineté industrielle du continent.
Le maillage territorial
Les ateliers de chaussures européens sont souvent situés dans des zones rurales ou périurbaines. Ils y emploient des dizaines à centaines de personnes, animent une économie locale, maintiennent une vie sociale. Leur fermeture accélère la désertification de ces territoires.
En les faisant travailler, nous contribuons à maintenir un maillage territorial qui va bien au-delà de nos seuls intérêts commerciaux.
13. Notre engagement : conserver et développer
Nous ne nous contentons pas de maintenir. Nous voulons enrichir cet écosystème.
Nos objectifs concrets
- Augmenter progressivement la part européenne de nos productions au-delà des 85 % actuels, en explorant les catégories où l'Europe peut monter en gamme.
- Renforcer nos partenariats existants par des commandes soutenues et des visites régulières.
- Explorer de nouveaux ateliers européens qui pourraient élargir notre offre.
- Documenter systématiquement l'origine de chaque production sur nos fiches produit pour informer nos clients.
- Partager cette expertise avec notre communauté à travers notre blog et nos conseillers en boutique.
Les défis à relever
Ce chemin comporte des défis :
- Certaines techniques ont déjà été perdues en Europe, leur reconstitution est difficile.
- Certaines catégories (sneakers en cuir, notamment) restent difficiles à produire en Europe à des prix compétitifs.
- La formation des jeunes artisans est un enjeu constant, dans un monde où ces métiers attirent moins qu'avant.
Nous participons à ces défis à notre échelle, en collaboration avec nos ateliers partenaires.
Le rôle de nos clients
Notre engagement pour la fabrication européenne n'aurait pas de sens sans nos clients. Chaque achat d'une paire Manfield, Bowen, Colisée Paris ou Charles Kammer soutient cet écosystème. Nous vous en sommes reconnaissants. C'est cette confiance renouvelée qui rend possible notre choix.
La vision à long terme
À long terme, nous ne croyons pas au retour intégral de toutes les productions mondiales en Europe, ce serait irréaliste. Nous croyons en revanche que certains segments de la chaussure (le premium, l'exceptionnel, le durable, le personnalisé) doivent rester européens pour préserver ce qui rend cette production unique. Nous voulons occuper pleinement notre place dans ce segment.
Conclusion : un choix, jour après jour
Fabriquer en Europe en 2026 n'est pas un choix qui se prend une fois. C'est un choix qui se renouvelle chaque jour, à chaque décision, à chaque commande, à chaque nouveau projet. Chaque mois, nous pourrions transférer plus de productions vers des pays à main-d'œuvre bon marché et gagner en compétitivité de prix. Chaque mois, nous choisissons de ne pas le faire.
Ce choix repose sur des raisons concrètes pas idéologiques. La qualité que nous obtenons de nos ateliers européens. Les savoir-faire que nous contribuons à préserver. La traçabilité que nous offrons à nos clients. Le respect du travail que nous exigeons. La proximité opérationnelle qui nous rend plus réactifs. L'empreinte écologique réduite de nos productions. Ces six raisons, prises ensemble, forment la cohérence de notre engagement européen.
Nous savons que nos chaussures coûtent plus cher que celles fabriquées ailleurs. Nous savons que ce choix limite parfois notre compétitivité. Nous savons que la tentation économique serait grande de faire comme les autres. Nous ne le faisons pas. Parce que nous croyons qu'une chaussure a une valeur qui dépasse son prix. Parce que nous croyons qu'une maison familiale depuis 1844 a des responsabilités qu'elle doit continuer à assumer. Parce que nous croyons que certaines choses valent la peine d'être préservées même quand ce n'est plus le choix majoritaire.
Voilà pourquoi nous fabriquons encore des chaussures en Europe. Et pourquoi nous continuerons.
Pour découvrir concrètement nos collections, parcourez nos marques : Manfield, Bowen, Fairmount, Colisée Paris, Charles Kammer. Rendez-vous dans l'une de nos 35 boutiques en France (trouvez la plus proche). Nos conseillers connaissent l'origine de fabrication de chaque modèle et peuvent vous accompagner selon vos préférences.
Chaque paire que vous achetez est un vote pour ce modèle. Merci pour votre confiance.
*Article publié en juin 2026, rubrique « La Maison ».
Lectures complémentaires